La République de Guinée-Conakry est un pays aux multiples contrastes. Il est riche en ressources, notamment minières et hydrauliques. Cependant, les Guinéens font toujours partie des populations les plus pauvres d’Afrique de l’Ouest
La Guinée, un pays polarisé à la croisée des chemins
La Guinée est à la croisée des chemins. Depuis une décennie, le pays a accompli des progrès importants dans le renforcement des institutions démocratiques et de l’État de droit. Mais la démocratie naissante reste fragile. Le pays est régulièrement submergé par des tensions sociales et politiques. Les élections sont souvent marquées par de violentes manifestations et l’usage de la force excessive par les forces de sécurité. La Guinée a été constamment confrontée à une forte polarisation ethno-politique.
Et la polarisation se cache partout, même dans le quartier des marchands de ferraille de la capitale, Conakry.
Pour le voyageur étranger expérimentant la Guinée dans une perspective esthétique et nécessairement un peu plus futile, il existe un contraste visible entre la capitale et la campagne. Hors de la capitale, le voyageur sera ébloui par la beauté et la poésie offerts par la variété des paysages guinéens.
L’attrait inattendu de Conakry
À première vue, la capitale Conakry est peu attrayante. Ses rues bondées n’ont pas de charme particulier. Elles sont sales et poussiéreuses pendant la saison sèche et inondées par des coulées de boue pendant la saison des pluies. Elles sont bordées de bâtiments en béton en construction qui prolifèrent de manière chaotique.
La répartition spatiale des communautés à travers les quartiers de Conakry reflète aussi la polarisation ethno-politique du pays.
“La Casse”, un quartier de la capitale bondé de ferrailleurs
Près du «marché de Madina», le plus grand marché de Conakry, il existe un lieu connu sous le nom de «La Casse», et qui regorge de véhicules mis au rebut. Ses habitants sont parfois accusés de soutenir le parti au pouvoir et même de participer à des affrontements contre des partisans de l’opposition. Certains disent qu’il y a des bagarreurs parmi eux.
Mais parfois, il est préférable de mettre de côté la politique et de se concentrer uniquement sur la beauté, la poésie et l’humanité des personnes rencontrées dans ces lieux controversés.
Conakry regorge de trésors cachés pour ceux qui veulent bien prendre le temps de les découvrir. Et nul besoin d’entrer dans les luxueuses maisons de la bourgeoisie guinéenne ou de déambuler au milieu des vestiges historiques éparpillés à travers la capitale.
Même dans des endroits non remarquables ou inaccessibles, il est tout à fait possible de découvrir de tels trésors.
Et «La Casse» fait partie de ces endroits.
Lorsque la ferraille et les déchets urbains se muent en matériaux nobles
«La Casse», un paradis de la ferraille où les déchets automobiles se muent en matériaux nobles entre les doigts de fée des «tailleurs de ferraille».
Avec une patience et une minutie infinies, les ferrailleurs passent leurs journées à recycler des montagnes inimaginables d’épaves de voitures. La plupart d’entre eux sont des hommes. Mais ils rapiécent la tôle comme une tailleuse aurait brodé de la dentelle.
L’un d’eux manie soigneusement une machine à coudre pour réparer le rembourrage protecteur d’une porte de voiture. Un autre s’emploie à forger des pièces détachées automobiles à l’aide d’une machine de forge artisanale assez basique mais très bien pensée.
Un autre explique qu’il vient de Sierra Leone. Après des années en Guinée, il parle toujours avec un fort accent anglais. Il ressemble à un Rastafari et semble plutôt déconnecté de la politique. Il me montre avec un immense sourire son abri de brique à brac minutieusement construit à partir d’un tas de morceaux d’épaves hétérogènes de voitures. L’entrée de l’abri est entourée d’un capot de voiture arborant un logo de la marque Peugeot.
Ces ferrailleurs sont de véritables «tailleurs de ferraille» aux doigts d’or.
Les enfants jouent au milieu d’épaves de voitures recyclées. Tous vivent ensemble en communauté au milieu de la ferraille.
Et ils sont si fiers de leur art qu’ils accueillent l’étranger avec une attention sincère.
Oui la Guinée devrait figurer en meilleure place parmi les terres de découverte.